Réécriture. Œdipe de Voltaire

Voici quatre variation autour du thème d’Œdipe et le Sphinx. Ici nous verrons la réécriture que fait Voltaire du mythe d’Œdipe connu par l’oeuvre de Sophocle, Œdipe roi. (Ve siècle av. J-C).

Voltaire. Œdipe, (1718). Acte I, scène 1, vers 36-68.

Edipo. Acto I, escena 1, versos 36-68.

He mantenido la métrica pero no la rima.

Recuerden: El alejandrino francés tiene doce sílabas mientras que el español tiene catorce.

Escena de exposición de la tragedia Edipo. Tras cuatro años de ausencia, el tebano Dimas le cuenta a su amigo que el rey Layo fue asesinado y que hubo una terrible plaga.

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La poesía en estas circunstancias

Les attentats terroristes du 13 novembre à Paris sont des actes barbares. Cependant, la France ne se laissera pas vaincre par la peur des lâches qui se disent porteurs de vérités qui ne sont que des ignominies.

Ce n’est pas seulement la ville de Paris qui a été agressée mais les valeurs fondamentales de tout être humain. L’une des armes pour lutter contre ces monstres inhumains est la poésie. En 1982, Juan Gelman (1930-2014), publie le poème « Sobre la poesía » dans le recueil Hacia el Sur. En voici une strophe :

Lo lindo es saber que uno puede

cantar pío-pío

en las más raras circunstancias/

tío juan después de muerto/ yo ahora

para que me quierás.

Ce qui est beau c’est qu’on peut

chanter pio-pio

dans les circonstances les plus étranges/

oncle jean après sa mort/ moi maintenant

pour que tu m’aimes.

Le petit oiseau est la poésie ; oncle jean est le poète et l’humanité.

Marlene Moret

Réflexions de Mario Vargas Llosa sur la lecture

La gran aventura de mi vida ha sido la literatura, sin ninguna duda, no solo lo que he escrito, sino lo que he leído.

La lectura, experiencia fundamental para mí, me ha hecho vivir de una manera maravillosa, y por eso veo con cierta angustia la posibilidad de que la lectura pudiera ir, no desapareciendo, pero sí empobreciéndose cada vez más, llegando a menos gente.

La lectura ha sido una fuente tan rica de goce, de placer, justamente de vivir las vidas intensas de la aventura, que se cegaría una fuente fundamental de la vida si la lectura pasara a ser en el futuro una actividad de minorías, de catacumbas.

La grande aventure de ma vie a été la littérature, sans aucun doute, pas seulement ce que j’ai écrit mais ce que j’ai lu.

La lecture, expérience fondamentale pour moi, m’a fait vivre d’une merveilleuse manière, et c’est pour cela que je vois avec une certaine angoisse la possibilité que la lecture tende peu à peu, non à disparaître, mais bien à s’appauvrir de plus en plus, atteignant à moins de gens.

La lecture a été une source tellement riche de jouissance, de plaisir, donnant précisément à vivre les vies intenses de l’aventure, qu’une source fondamentale de la vie serait tarie si, à l’avenir, la lecture deviendrait une activité de minorités, de catacombes.

Mario Vargas Llosa, écrivain hispano-péruvien, Prix Nobel de Littérature en 2010, interviewé par le journaliste et écrivain sévillan Juan Cruz à l’occasion de la publication de son dernier roman, Cinco esquinas. J’ai tiré de cet entretien ces réflexions de Vargas Llosa sur la lecture, entre émerveillement et pessimisme pour l’avenir.

Ce fragment porte un paragraphe suivi. Les phrases sont ici séparées pour faciliter la lecture de l’original et de sa traduction en français.

L’article vaut la peine d’être lu en entier.

Source :

http://cultura.elpais.com/cultura/2015/10/22/babelia/1445520280_937768.html

Marlene Moret

Éducation européenne, de Romain Gary

L’écrivain Roman Gary, né à Vilnus, capitale de l’actuelle Lituanie, devint français en 1935. Il publie Education européenne en 1945 en français. L’édition à laquelle on va se référer est celle de l’édition Gallimard, 1972. L’histoire se déroule à l’automne et hiver de 1942-1943, durant la Bataille de Stalingrad (23 Août 1942 – 2 Février 1943) lorsque les Allemands sous les ordres de Hitler envahirent la Russie.

Education européenne est un roman de formation. L’histoire commence lorsque Janek Twardowski a quatorze ans et que le docteur Twardowski, son père, vient d’être tué par les Allemands. Il doit apprendre désormais à survivre seul dans la forêt de la Wilejka, près de Wilno (Vilnus). Les maquisards qu’il rencontre vont participer à cette formation. À la fin du roman, il est devenu sous-lieutenant et père de famille. Au-delà de ce récit, ce qui ressort de ce roman c’est la foi des Européens en une Europe qui soit l’antithèse des événements qui sont vécus durant la Seconde Guerre Mondiale.

Ce roman est riche en intertextualité. Le procédé le plus récurrent est celui de la citation de fragments de contes, poèmes, phrases. Parmi ceux-là figure un poème écrit par un des maquisards, Adam Dobranski, qui dit flirter avec la poésie, p. 62-63. Nous traduisons en espagnol ce poème qui défend l’idée d’une Europe sans frontières.

J’attends dans ma cellule antique,

Combien d’hommes ont attendu ainsi ?

Que le dernier tract soit imprimé,

Que la dernière grenade soit mordue et lancée.

J’attends que la dernière victime tombe,

Pour avoir crié : « Vive la Liberté »,

Que le dernier État souverain

Croule sous les coups des patriotes européens.

J’attends que toutes les capitales

Deviennent les villes de province,

Que meure l’écho dans le monde

Du dernier chant national.

Que l’Europe se lève enfin en marche,

Ma bien-aimée prostrée et piétinée…

J’attends dans ma cellule antique.

Combien d’autres hommes attendent comme moi ?

Estoy esperando en mi celda antigua,

¿Cuántos hombres han esperado así ?

Que se imprima el último libelo,

Que se muerda y lance la última granada.

Espero que caiga la última víctima,

Por haber gritado: «Viva la Libertad»,

Que el último Estado soberano

Se desmorone con los golpes de los patriotas europeos.

Espero que todas las capitales

Se conviertan en las ciudades de provincia,

Que muera el eco en el mundo

Del último canto nacional.

Que por fin Europa se ponga en marcha,

Mi amada postrada y pisoteada…

Estoy esperando en mi celda antigua.

¿Cuántos otros hombres están esperando como yo ?

Nanas de la cebolla, Miguel Hernández

Miguel Hernández, né en 1910 à Orihuela (Alicante), est un grand représentant de la poésie espagnole. Il fut un défenseur des valeurs démocratiques : il se rangea du côté des Républicains pour lutter contre les Insurgés dirigés par Francisco Franco et qui voulaient empêcher la continuité de la Seconde République. Durant la Guerre Civile Espagnole (1936-1939) il ne cessa de lutter et d’écrire. En 1939, il fut incarcéré, torturé, déplacé dans plusieurs prisons et maintenu en des conditions infra-humaines. Il mourut de tuberculose en 1942.

Son incarcération signifiait être loin de sa femme et de ses enfants. Il y continua d’écrire des poèmes qui furent compilés dans Cancionero y Romancero de ausencias entre 1938-1941, livre de publication posthume.

Voici quelques strophes d’un poème représentatif de sa profonde souffrance d’absence et de son amour qui firent la présence de son fils : “Nanas de la cebolla”. Ce poème est interprété par Joan Manuel Serrat, chanteur catalan.

Poème incomplet en raison de droits d’auteur.

Nanas de la cebolla

La cebolla es escarcha

cerrada y pobre.

Escarcha de tus días

y de mis noches.

Hambre y cebolla,

hielo negro y escarcha

grande y redonda.

En la cuna del hambre

mi niño estaba.

Con sangre de cebolla

se amamantaba.

Pero tu sangre,

escarchada de azúcar,

cebolla y hambre.

Una mujer morena

resuelta en luna,

se derrama hilo a hilo

sobre la cuna.

Ríete, niño,

que te traigo la luna

cuando es preciso.

Alondra de mi casa,

ríete mucho.

Es tu risa en los ojos

la luz del mundo.

Ríete tanto

que en el alma, al oírte,

bata el espacio.

Tu risa me hace libre,

me pones alas.

Soledades me quita,

cárcel me arranca.

Boca que vuela,

corazón que en tus labios

relampaguea.

Es tu risa la espada

más victoriosa.

Vencedor de las flores

y las alondras.

Rival del sol.

Porvenir de mis huesos

y de mi amor.

(…)

Desperté de ser niño;

nunca despiertes.

Triste llevo la boca.

Ríete siempre.

Siempre en la cuna

defendiendo la risa

pluma por pluma.

Ser de vuelo tan alto,

tan extendido,

que tu carne parece

cielo cernido.

¡Si yo pudiera

remontarme al origen

de tu carrera!

Al octavo mes

con cinco azahares.

Con cinco diminutas

ferocidades.

Con cinco dientes

como cinco jazmines

adolescentes.

(…)

Vuela niño en la doble

luna del pecho.

Él, triste de cebolla.

Tú, satisfecho.

No te derrumbes.

No sepas lo que pasa

ni lo que ocurre.
Miguel Hernández, Cancionero y romancero de ausencias, 1941-1942.

Berceuse de l’oignon

L’oignon est du givre

fermé et pauvre.

Givre de tes jours

et de mes nuits.

Faim et oignon,

Glace noire et givre

grand et rond.

Dans le berceau de la faim

mon enfant se trouvait.

Le sang d’oignon

il tétait.

Mais ton sang,

givré de sucre,

d’oignon et de faim.

Une femme brune

sûre d’elle en lune,

se répand fil à fil

sur ton berceau.

Ris, mon  enfant,

car je t’apporte la lune

quand il est nécessaire.

Alouette de ma maison,

ris beaucoup.

Ton rire dans tes yeux

est la lumière du monde.

Ris autant

pour que mon âme, en t’écoutant,

soit vainqueur de l’espace.

Ton rire me rend libre,

me donne des ailes.

ôte mes solitudes,

m’arrache de prison.

Bouche qui s’envole,

coeur qui dans tes lèvres

scintille.

C’est ton rire l’épée

la plus victorieuse.

Vainqueur des fleurs

et des alouettes.

Rival du soleil.

Avenir de mes os

et de mon amour.

(…)

Je me réveillai d’être un enfant ;

ne te réveille jamais.

Triste j’ai ma bouche.

Ris toujours.

Toujours dans ton berceau

à défendre le rire

plume par plume.

Être d’un vol si haut,

si large,

tant que ta chair semble

ciel déployé.

Si je pouvais

me rendre à l’origine

de ta course !

Au huitième mois

avec cinq fleurs d’orangers.

Avec cinq minuscules

férocités.

Avec cinq dents

comme cinq jasmins

adolescents.

(…)

Vole enfant sur la double

lune de ma poitrine.

Lui, triste d’oignon.

Toi, satisfait.

Ne t’écroule pas.

Ne sache ce qui se passe

ni ce qui arrive.

Miguel Hernández, Cancionero y romancero de ausencias, 1941-1942.

Henri Michaux, Ecuador. Diario de viaje.

Le soir, sept heures, à cheval.

Équateur, Équateur, j’ai pensé bien mal de toi.
Toutefois, quand on est près de s’en aller… et revenant à cheval par un clair de lune comme je fais ce soir (ici les nuits sont toujours claires, sans chaleur, bonnes pour le voyage) avec le Cotopaxi dans le dos, qui est rose à six heures et demie et seulement une masse sombre à cette heure… mais il y a des mois, que je ne le regarde plus…Équateur, tu es tout de même un sacré pays, et puis qu’est-ce que je deviendrai, moi ?

Je retourne à Paris et quand on revient à Paris sans le sou, on a beau faire le chemin par le Brésil et la forêt tropicale, on sent déjà les crampes de la misère, et on se tracasse malgré soi pour la chambre à punaises qu’il s’agira de trouver dans ce grand Paris, que l’on connaît, ah, oui, que l’on connaît.

Ça, c’est la vérité à dire au moins une fois.

Jeudi, 6 septembre.
Il semble qu’on devrait savoir quelque chose au sujet de ce départ. Il semble que le oui ou le non soient des mots courts à prononcer. Il semble qu’un voyage qui comporte quatre jours à pied, six à cheval, trente en canoa, parmi des tribus encore sauvages, du paludisme, et des serpents, puis la traversée du Brésil et de l’Atlantique, il semble qu’on pourrait en préparer quelques petits détails, quoique je l’avoue, en vingt-quatre heures on puisse faire bien des choses.

Il semble, il semble, il semble…

Je ferai un jour le portrait de l’Équatorien.

Henri Michaux, Ecuador. Journal de voyage, Editions Gallimard, 1929, réédition 1968, p. 118-119

Por la noche, a las siete, a caballo.

Ecuador, Ecuador, sí que pensé muy mal de ti.
No obstante, cuando uno está a punto de marcharse… y volviendo a caballo en una noche de luna como estoy haciendo yo esta noche (aquí las noches siempre son claras, sin calor, buenas para el viaje) con el Cotopaxi a mis espaldas, que es rosado a las seis y media y sólo una masa sombría a esta hora… pero hace muchos meses que ya no lo miro…
Ecuador, a pesar de todo menudo país eres, y en fin ¿qué será de mí, de mí?

Vuelvo a París y cuando uno vuelve a París sin un centavo, por más que uno viaje por Brasil y la selva tropical, siente ya los calambres de la miseria y aunque uno no quiera se preocupa por la habitación con chinches que habrá que encontrar en el gran París, que uno conoce, ah, sí, que uno conoce.
Así es, esa es la verdad que tiene que ser dicha al menos una vez.

Jueves, 6 de septiembre.
Parece que se debería saber algo a propósito de esa salida. Parece que el o el no son palabras fáciles de pronunciar. Parece que un viaje que necesita cuatro días a pie, seis a caballo, treinta en canoa, entre tribus aún salvajes, paludismo y serpientes, luego la travesía de Brasil y el Atlántico, parece que se podría preparar algún que otro pequeño detalle, aunque lo confieso, en veinticuatro horas puedo hacer muchas cosas.

Parece, parece, parece…

Un día haré el retrato del ecuatoriano.

Henri Michaux, Ecuador. Journal de voyage, Editions Gallimard, 1929, réédition 1968, p. 118-119