Réécriture. Jean Cocteau et le Sphinx

Voici quatre variations autour du thème du Sphinx.

Ici nous verrons la réécriture que fait  Jean Cocteau du mythe du Sphinx, de l’oeuvre de Voltaire, de celle de José María de Heredia et d’Albert Samain. Texte en français et en espagnol.

Jean Cocteau

Jean Cocteau (1989-1963), La Machine infernale, Acte II, extrait (1932).

La máquina infernal, Acto II, fragmento (1932).

LE SPHINX : Ensuite, je te commanderais d’avancer un peu et je t’aiderais en desserrant tes jambes. Là ! Et je t’interrogerais. Je te demanderais, par exemple : « Quel est l’animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, sur trois pattes le soir ? » Et tu chercherais, tu chercherais. À force de chercher, ton esprit se poserait sur une petite médaille de ton enfance, ou tu répéterais un chiffre, out tu compterais les étoiles entre ces deux colonnes détruites ; et je te remettrais au fait en te dévoilant l’énigme.

Cet animal est l’homme qui marche à quatre pattes lorsqu’il est enfant, sur deux pattes quand il est valide, et lorsqu’il est vieux, avec la troisième patte d’un bâton.

ŒDIPE : C’est trop bête !

LE SPHINX : Tu t’écrierais : « C’est trop bête ! » Vous le dites tous. Alors puisque cette phrase confirme ton échec, j’appellerais Anubis, mon aide. Anubis !

Anubis paraît, les bras croisés, la tête de profil, debout à droite du socle.

ŒDIPE : Oh ! Madame… Oh ! non ! non ! non ! madame !

LE SPHINX :  Et je te ferais mettre à genoux. Allons… Allons… là, là… Sois sage. Et tu courberais la tête… et l’Anubis s’élancerait. Il ouvrirait ses mâchoires de loup !

Œdipe pousse un cri.

J’ai dit : courberais, s’élancerait… ouvrirait… N’ai-je pas toujours eu soin de m’exprimer sur ce mode ? Pourquoi ce cri ? Pourquoi cette face d’épouvante ? C’était une démonstration, Œdipe, une simple démonstration. Tu es libre.

ŒDIPE : Libre !

(Il remue un bras, une jambe… il se lève, il titube, il porte la main à sa tête.)

ANUBIS : Pardon, Sphinx. Cet homme ne peut sortir d’ici sans subir l’épreuve.

LE SPHINX : Mais…

ANUBIS : Interroge-le…

ŒDIPE : Mais…

ANUBIS : Silence ! Interroge cet homme.

Un silence. Œdipe tourne le dos, immobile.

LE SPHINX : Je l’interrogerai… je l’interrogerai… C’est bon. (Avec un dernier regard de surprise vers Anubis.). Quel est l’animal qui marche sur quatre pattes le matin, sur deux pattes à midi, sur trois pattes le soir ?

ŒDIPE : L’homme parbleu ! qui se traîne à quatre pattes lorsqu’il est petit, qui marche sur deux pattes lorsqu’il est grand et qui, lorsqu’il est vieux, s’aide avec la troisième patte d’un bâton.

Le Sphinx roule sur le socle.

ŒDIPE, prenant sa course vers la droite : Vainqueur !

Il s’élance et sort par la droite. Le Sphinx glisse dans la colonne, disparaît derrière le mur, reparaît sans ailes.

LE SPHINX : Œdipe ! Où est-il ? Où est-il ?

ANUBIS : Parti, envolé. Il court à perdre haleine proclamer sa victoire.

LE SPHINX : Sans un regard vers moi, sans un geste ému, sans un signe de reconnaissance.

ANUBIS : Vous attendiez-vous à une autre attitude ?

LE SPHINX : L’imbécile ! Il n’a donc rien compris.

ANUBIS : Rien compris.

***

LA ESFINGE: Luego, te ordenaría que avanzaras un poco y te ayudaría separándote las piernas. ¡Así! Y te interrogaría. Te preguntaría, por ejemplo: «¿Cuál es el animal que camina sobre cuatro patas por la mañana, sobre dos patas a mediodía, sobre tres patas por la noche?» Y tú buscarías, buscarías. De tanto buscar, tu mente se fijaría en una medallita de tu infancia o repetirías una cifra o contarías las estrellas entre esas dos columnas destruidas; y yo te traería a la realidad revelándote el enigma.

Ese animal es el hombre que camina con cuatro patas cuando niño, con dos patas cuando es válido, y cuando está viejo, con la tercera pata de un bastón.

EDIPO: ¡Es demasiado tonto!

LA ESFINGE: Tú exclamarías: «¡Es demasiado tonto» Todos vosotros lo decís. Entonces puesto que esta frase confirma tu fracaso, llamaría a Anubis,mi ayudante. ¡Anubis!

Entra Anubis, cruzados los brazos, de perfil la cabeza, de pie a la derecha del zócalo.

EDIPO: ¡Oh Señora… ¡Oh! ¡No! ¡No! ¡No! ¡Señora!

LA ESFINGE: Y te ordenaría que te arrodillaras. Vamos… Vamos… allí, allí… Sé bueno. Y tú agacharías la cabeza… y el Anubis se arrojaría. ¡Abriría sus mandíbulas de lobo!

Edipo pega un grito.

He dicho: agacharías, se arrojaría… abriría… ¿No siempre he procurado expresarme en ese modo? ¿Por qué ese alarido? ¿Por qué esa cara de horror? Era una demostración, Edipo, una mera demostración. Estás libre.

EDIPO: ¡Libre!

(Mueve un brazo, una pierna… se levanta, titubea, se lleva la mano a la cabeza.)

ANUBIS: Perdona, Esfinge. Este hombre no puede salir de aquí sin someterse a la prueba.

LA ESFINGE: Pero…

ANUBIS: Interrógalo…

EDIPO: Pero…

ANUBIS: ¡Silencio! Interroga a este hombre.

Un silencio. Edipo da la espalda, inmóvil.

LA ESFINGE: Lo interrogaré… lo interrogaré…

Ya, ya. (Con una última mirada de sorpresa a Anubis.) ¿Cuál es el animal que camina sobre cuatro patas cuando grande, sobre dos patas a mediodía, sobre tres patas por la noche?

EDIPO: ¡El hombre pardiez! Que se arrastra a gatas cuando pequeño, que camina con sus dos patas cuando grande y que, cuando anciano, se ayuda con la tercera pata de un bastón.

La Esfinge rueda en el zócalo.

EDIPO, empezando a irse por la derecha: ¡Vencedor!

Se arroja y se va por la derecha. La Esfinge desliza en la columna, desaparece detrás de la pared, vuelve a aparecer sin alas.

LA ESFINGE: ¡Edipo! ¿Dónde está? ¿Dónde está?

ANUBIS: Ya no está, se esfumó. Corre hasta quedarse sin aliento para proclamar su victoria.

LA ESFINGE: Sin siquiera mirarme, sin un gesto emocionado, sin señales de gratitud.

ANUBIS: ¿Esperábais otra actitud?

LA ESFINGE: ¡El imbécil! Entonces no ha comprendido nada.

ANUBIS: Absolutamente nada.

Marlene Moret

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